Apprentissage · Article

25 sophismes courants, avec des exemples du quotidien

Découvrez 25 sophismes courants à travers des exemples tirés du travail, de la famille et des discussions en ligne. Apprenez à y répondre sans braquer votre interlocuteur et à les repérer dans vos propres raisonnements.

25 sophismes courants, avec des exemples du quotidien

Au dîner de famille, Hannah suggère que tout le monde pourrait peut-être manger un peu moins de viande. Son frère Dmitri répond du tac au tac :

« Facile à dire pour quelqu'un qui a pris l'avion pour Lisbonne le mois dernier. Franchement, soit on devient tous végans, soit on arrête de faire semblant, non ? Papi mangeait du steak tous les jours et il a vécu jusqu'à 91 ans. Tous les gens que je connais mangent de la viande. Et si on commence à réduire la viande, bientôt on nous dira quelle voiture conduire. De toute façon, tu ne peux pas prouver que c'est mauvais pour la santé. »

Personne autour de la table ne sait exactement où le raisonnement déraille, mais quelque chose cloche. En quelques phrases, Dmitri a accumulé six sophismes : le tu quoque, le faux dilemme, la généralisation hâtive, l'appel à la popularité, la pente glissante et l'appel à l'ignorance. Hannah se trompe peut-être au sujet de la viande. Mais aucun des arguments de Dmitri ne le démontre.

Voici 25 sophismes courants, regroupés selon la manière dont ils faussent un raisonnement. Pour chacun, vous trouverez un exemple concret et une réponse possible. Vous trouverez ensuite un tableau récapitulatif, des conseils pour relever un sophisme sans jouer les donneurs de leçons et une méthode pour vous entraîner avec des IA qui débattent.

Qu'est-ce qu'un sophisme ?

Un sophisme est une erreur de raisonnement : les raisons avancées ne justifient pas réellement la conclusion, même si elles en donnent l'impression. Ce n'est pas simplement un fait faux. C'est le lien entre les faits et la conclusion qui ne tient pas. Aristote en recensait déjà dans ses Réfutations sophistiques, et la liste n'a cessé de s'allonger depuis.

Sophismes formels et informels

Un sophisme formel vient de la structure même du raisonnement : « Tous les chats sont des mammifères. Mon chien est un mammifère. Donc mon chien est un chat. » Peu importe les mots employés, la déduction est invalide. Un sophisme informel tient plutôt au contenu ou aux présupposés : l'argument repose sur un élément hors sujet, ambigu ou non démontré. Dans la vie quotidienne, c'est surtout à ces sophismes informels que vous aurez affaire. Ce sont ceux que nous allons voir ici.

Un mauvais argument peut aboutir à une conclusion vraie

« Papi mangeait du steak et a vécu jusqu'à 91 ans, donc manger de la viande avec modération ne pose pas de problème » est un raisonnement bancal. Pourtant, sa conclusion pourrait être vraie. Repérer un sophisme signifie que l'argument ne tient pas, pas que la conclusion inverse est juste.

Considérer qu'une affirmation est fausse parce que quelqu'un l'a mal défendue constitue d'ailleurs un autre sophisme : le sophisme du sophisme. Dire « C'est une pente glissante, donc tu as tort » ne suffit pas. La conclusion raisonnable est plus modeste : « Cet argument ne fonctionne pas. En as-tu un meilleur ? » Repérer un sophisme devrait ouvrir la discussion, pas la clore.

Les sophismes de pertinence

Ces arguments introduisent un élément qui semble lié au sujet, mais qui ne permet pas de savoir si l'affirmation est vraie.

1. L'attaque ad hominem

S'en prendre à la personne plutôt qu'à son argument.

Exemple : En réunion de planification, Grace estime que la date de lancement est trop ambitieuse. Un collègue lui répond : « Tu n'es là que depuis six mois. »

Comment répondre : « Peut-être, mais quelle partie du calendrier te semble réaliste ? »

2. Le tu quoque (« toi aussi »)

Écarter une critique au motif que la personne qui la formule est incohérente ou hypocrite.

Exemple : Dmitri répond à Hannah : « Facile à dire pour quelqu'un qui a pris l'avion pour Lisbonne. »

Comment répondre : « C'est vrai, je ne suis pas irréprochable. Mais la question est de savoir si mon argument est juste, indépendamment de ce que je fais. »

3. L'argument d'autorité

Tenir une affirmation pour vraie parce qu'une personnalité respectée l'a prononcée, surtout lorsqu'elle parle en dehors de son domaine de compétence.

Exemple : « Un célèbre entrepreneur de la tech dit que les études supérieures ne servent à rien. C'est donc vrai. »

Comment répondre : « Sur quoi se fonde-t-il ? Et est-ce son domaine ? » S'appuyer sur un consensus d'experts compétents est tout à fait valable. Emprunter le prestige d'une célébrité ne l'est pas.

4. L'appel à l'émotion

Faire appel à la peur, à la pitié, à la colère ou à la culpabilité à la place d'arguments.

Exemple : Un reportage sur une nouvelle règle de circulation commence par le témoignage bouleversant d'une victime, sans expliquer si la règle aurait permis d'éviter l'accident.

Comment répondre : Reconnaissez l'émotion, puis demandez quel est le lien : « C'est terrible. Qu'est-ce qui montre que cette mesure changerait quelque chose ? »

5. L'appel à la popularité

Affirmer qu'une chose est vraie ou souhaitable parce que beaucoup de gens la croient ou la font.

Exemple : « Toute l'équipe utilise ce framework, c'est forcément le bon choix. »

Comment répondre : « En quoi répond-il mieux aux besoins de ce projet que les autres solutions ? »

6. La diversion

Déplacer la conversation vers un autre sujet pour éviter la question initiale.

Exemple : Grace demande à son propriétaire pourquoi le chauffage est en panne depuis deux semaines. Il se lance dans une longue plainte sur le coût des réparations.

Comment répondre : « Je comprends que les coûts augmentent. Quand le chauffage sera-t-il réparé ? »

7. Le sophisme génétique

Juger une idée d'après son origine plutôt que sur le fond.

Exemple : « Cette idée vient de l'équipe marketing, c'est sûrement du vent. »

Comment répondre : « Ça vaut le coup de vérifier d'où elle vient, mais examinons l'idée elle-même. Où est le problème ? »

Les sophismes fondés sur un présupposé

Ces raisonnements glissent une hypothèse non démontrée dans le débat, ou en modifient les règles pour qu'un camp ne puisse jamais avoir tort.

8. L'homme de paille

Déformer la position de quelqu'un pour attaquer une version plus facile à réfuter.

Exemple : Hannah propose de « manger un peu moins de viande ». Dmitri répond comme si elle voulait « interdire toute viande ».

Comment répondre : « Ce n'est pas ce que je dis. Je parle d'en manger un peu moins, pas de ne plus en manger du tout. » À long terme, le meilleur antidote est l'habitude inverse : présenter la version la plus solide de l'argument adverse.

9. Le faux dilemme

Présenter deux possibilités comme les seules options, alors qu'il en existe d'autres.

Exemple : « Soit on recrute tout de suite un ingénieur expérimenté, soit on rate la date de livraison. » Et si l'on réduisait le périmètre du projet ou décalait la date ?

Comment répondre : « Ce sont vraiment les deux seules possibilités ? » Puis proposez-en une troisième.

10. Le raisonnement circulaire

Utiliser la conclusion comme point de départ : l'argument tourne en rond.

Exemple : « Cette source est fiable puisqu'elle affirme ne publier que la vérité. »

Comment répondre : « C'est précisément ce qu'on cherche à établir. Avons-nous des preuves indépendantes de cette affirmation ? »

11. La question piégée

Poser une question qui suppose un fait non établi, de sorte qu'y répondre directement revient à accepter ce présupposé.

Exemple : Lors d'un entretien annuel : « Pourquoi es-tu toujours en retard sur tes échéances ? » Si Grace n'a manqué qu'une échéance dans l'année, le mot « toujours » change tout.

Comment répondre : Contestez le présupposé plutôt que de répondre à la question : « Je ne suis pas d'accord avec « toujours ». J'ai manqué une échéance, en mars. »

12. Le sophisme du « vrai Écossais »

Sauver une généralisation face à un contre-exemple en redéfinissant le groupe à la volée. Le nom vient d'un exemple du philosophe Antony Flew.

Exemple : « Aucun vrai coureur ne s'entraîne sur tapis. » « Mon entraîneur de marathon le fait. » « Oui, mais ce n'est pas un vrai coureur. »

Comment répondre : « Définissons d'abord ce qu'est un « vrai coureur », parce que la définition change en cours de route. »

13. L'exception injustifiée

Appliquer une règle aux autres, mais s'en exempter soi-même ou exempter son camp sans raison valable.

Exemple : Un responsable exige que chacun soit au bureau trois jours par semaine, mais travaille de chez lui le vendredi « parce que ma situation est différente ».

Comment répondre : « En quoi cette situation est-elle différente, concrètement ? »

14. Le déplacement des critères

Relever le niveau de preuve exigé chaque fois que le précédent est atteint.

Exemple : Dmitri dit qu'il croira à l'efficacité du télétravail quand il verra des chiffres. Hannah lui montre les résultats de son équipe sur plusieurs sprints. Il réclame alors une étude publiée dans une revue scientifique.

Comment répondre : « Qu'est-ce qui te ferait changer d'avis ? Mettons-nous d'accord sur ce point maintenant. »

Les sophismes de causalité et de statistique

Ils prospèrent dans les titres de presse et sur les réseaux sociaux, car ils prennent facilement des airs de démonstration chiffrée.

15. Le post hoc ergo propter hoc

Supposer que, parce que B s'est produit après A, A a causé B.

Exemple : « J'ai commencé à prendre de la vitamine C et mon rhume a disparu en une semaine. » Un rhume disparaît généralement en une semaine, avec ou sans vitamine C.

Comment répondre : « Que se serait-il passé sans ça ? Y a-t-il une autre raison pour laquelle B a suivi A ? »

16. La confusion entre corrélation et causalité

Considérer que, parce que deux phénomènes évoluent ensemble, l'un cause l'autre.

Exemple : Un article constate que les personnes qui boivent davantage de café se disent plus productives au travail. Mais peut-être que les personnes très occupées et dynamiques boivent simplement plus de café.

Comment répondre : « Un autre facteur pourrait-il expliquer les deux ? Le lien pourrait-il fonctionner dans l'autre sens ? »

17. La pente glissante

Affirmer qu'une première décision mènera inévitablement à une conséquence extrême, sans montrer pourquoi chaque étape devrait suivre.

Exemple : « Si on autorise les enfants à regarder leur téléphone à table une fois, ils ne nous parleront plus jamais. » Certaines escalades sont réelles, mais chaque étape doit être justifiée.

Comment répondre : « Quelle étape de cet enchaînement te semble la plus probable ? Qu'est-ce qui pourrait l'empêcher ? »

18. La généralisation hâtive

Tirer une conclusion générale d'un échantillon trop petit ou peu représentatif.

Exemple : Papi mangeait du steak tous les jours et a vécu jusqu'à 91 ans, donc la viande est sans risque.

Comment répondre : « C'est un exemple réel, mais ce n'est qu'un cas. Que constate-t-on à plus grande échelle ? »

19. La sélection des preuves

Ne retenir que les éléments favorables à sa thèse en passant les autres sous silence.

Exemple : Une jeune entreprise présente dans son dossier de financement ses trois meilleurs mois de croissance, mais omet l'année de stagnation qui les entoure.

Comment répondre : « Peut-on voir toutes les données ? »

20. Le sophisme du joueur

Croire que des événements aléatoires passés modifient la probabilité d'événements futurs indépendants.

Exemple : « Nous avons eu quatre filles, le prochain sera forcément un garçon. » Ou, dans la vente : « J'ai essuyé neuf refus aujourd'hui, le prochain appel sera forcément le bon. »

Comment répondre : « Si chaque événement est indépendant, les probabilités ne gardent aucune trace des précédents. »

21. Le tireur d'élite texan

Repérer un motif après coup en ne regardant que les réussites et en ignorant les échecs. Le nom vient d'une plaisanterie : un homme tire sur une grange, puis peint une cible autour des impacts les plus rapprochés.

Exemple : Un chroniqueur affirme que ses prédictions « se sont réalisées » : il cite les cinq bonnes et oublie les quinze mauvaises.

Comment répondre : « La prédiction a-t-elle été formulée avant les résultats ? Combien ne se sont pas réalisées ? »

Les sophismes de langage et de charge de la preuve

Ils jouent sur le sens des mots ou déplacent la responsabilité de démontrer une affirmation.

22. L'équivoque

Employer un même mot dans deux sens différents au sein d'un argument, comme s'il avait toujours le même sens.

Exemple : « La loi me donne le droit de m'exprimer librement, donc j'ai raison de dire tout ce que je veux au travail. »

Comment répondre : « Je crois qu'on emploie ce mot dans deux sens différents. Lequel veux-tu dire ici ? » Définir les termes dès le départ, comme l'explique notre guide sur l'art de débattre, évite la plupart de ces confusions.

23. L'appel à l'ignorance

Affirmer qu'une chose est vraie parce que personne n'a prouvé qu'elle était fausse, ou l'inverse.

Exemple : Dmitri lance : « Tu ne peux pas prouver que c'est mauvais pour la santé. » L'absence de preuve ne donne pas raison à Dmitri.

Comment répondre : « Ne pas avoir été réfuté, ce n'est pas avoir été démontré. Quelles preuves avons-nous en faveur de cette affirmation ? »

24. L'inversion de la charge de la preuve

Avancer une affirmation, puis exiger que l'autre personne prouve qu'elle est fausse.

Exemple : Sur un forum : « Ce complément alimentaire améliore la mémoire. Prouvez-moi le contraire. »

Comment répondre : « C'est toi qui l'affirmes. Montre-moi d'abord tes preuves. »

25. Le juste milieu

Supposer que la vérité se trouve nécessairement à mi-chemin entre deux positions.

Exemple : Un collègue dit que le rapport est attendu vendredi, un autre affirme que le client a demandé lundi. « Coupons la poire en deux et disons samedi. »

Comment répondre : « On peut faire un compromis sur des préférences. Pour un fait, vérifions quelle date est la bonne. »

Tableau récapitulatif des sophismes

Retrouvez les 25 sophismes en un coup d'œil.

Sophisme Ce qu'on entend Comment répondre
Attaque ad hominem « Tu n'as pas assez d'ancienneté pour donner ton avis. » « Quelle partie de mon argument est fausse ? »
Tu quoque « Tu le fais aussi. » « Peut-être, mais est-ce que mon argument est juste ? »
Argument d'autorité « Une personnalité connue l'a dit. » « Sur quoi se fonde-t-elle ? Est-ce son domaine ? »
Appel à l'émotion « Imagine à quel point ce serait horrible. » « C'est horrible, oui. Mais cette mesure réglerait-elle le problème ? »
Appel à la popularité « Tout le monde le fait. » « Pourquoi serait-ce le bon choix pour nous ? »
Diversion « À ce propos... » « Revenons à la question initiale. »
Sophisme génétique « Regarde d'où vient l'idée. » « Jugeons l'idée sur le fond. »
Homme de paille « Donc tu dis que... » (alors que vous ne l'avez pas dit) « Ce que je dis, c'est... »
Faux dilemme « C'est soit X, soit Y. » « Et l'option Z ? »
Raisonnement circulaire « C'est vrai parce que c'est vrai. » « Y a-t-il une preuve indépendante ? »
Question piégée « Pourquoi fais-tu toujours... ? » « Commençons par vérifier ce « toujours ». »
« Vrai Écossais » « Aucun vrai X ne ferait ça. » « Définissons X avant de poursuivre. »
Exception injustifiée « Cette règle ne s'applique pas à moi. » « En quoi ce cas est-il différent ? »
Déplacement des critères « Ce n'est toujours pas une preuve suffisante. » « Qu'est-ce qui te ferait changer d'avis ? »
Post hoc « C'est arrivé après, donc c'est la cause. » « Quoi d'autre pourrait l'expliquer ? »
Corrélation et causalité « Les deux vont ensemble, donc l'un cause l'autre. » « Un troisième facteur pourrait-il expliquer les deux ? »
Pente glissante « Ça nous mènera droit à la catastrophe. » « Quelle étape est vraiment probable ? »
Généralisation hâtive « Je connais quelqu'un qui... » « Que constate-t-on sur beaucoup de cas ? »
Sélection des preuves « Regarde ces résultats. » « Peut-on voir tous les résultats ? »
Sophisme du joueur « Ça va forcément finir par arriver. » « Les probabilités n'ont pas de mémoire. »
Tireur d'élite texan « Regarde ce motif ! » « L'avait-on prédit à l'avance ? »
Équivoque Un mot, deux sens « Dans quel sens emploies-tu ce mot ? »
Appel à l'ignorance « Tu ne peux pas prouver le contraire. » « Quelles preuves vont dans ce sens ? »
Inversion de la charge de la preuve « Prouve que j'ai tort. » « C'est ton affirmation, à toi de la prouver. »
Juste milieu « La vérité est entre les deux. » « Vérifions les faits. »

En pratique, certains de ces cas font débat. Citer l'avis d'un médecin sur sa santé, est-ce forcément un argument d'autorité fallacieux ? Explorez les deux points de vue :

Débattez-en sur Debatly“Peut-on raisonnablement faire confiance aux experts sur des questions qu'on ne peut pas vérifier soi-même ?”

Comment relever un sophisme sans paraître pédant

Connaître les noms est la partie facile. Les utiliser dans une vraie conversation sans braquer son interlocuteur, c'est autre chose. Lancer « C'est un tu quoque ! » au dîner de famille convainc rarement qui que ce soit.

Décrivez le problème, pas son nom latin

Plutôt que de coller une étiquette au sophisme, expliquez ce qui ne va pas dans le raisonnement. Comparez :

  • « C'est un homme de paille. » (C'est exact, mais on dirait que vous distribuez des cartons rouges.)
  • « Je crois que tu vas plus loin que ce que j'ai dit. J'ai seulement proposé de manger un peu moins de viande. » (Le fond est le même, mais la discussion peut continuer.)

Posez une question

Une question sincère suffit souvent à faire apparaître la faille. « Ce sont les deux seules options ? » met en lumière un faux dilemme. « Qu'est-ce qui te ferait changer d'avis ? » révèle un déplacement des critères. « Y a-t-il une autre explication possible ? » permet d'interroger un lien de causalité douteux. Votre interlocuteur peut ainsi trouver lui-même ce qui manque à son raisonnement, ce qui est bien plus convaincant qu'une leçon. Pour progresser dans cet exercice, découvrez le questionnement socratique.

Reconnaissez d'abord ce qui est vrai

Un argument fallacieux peut contenir une remarque pertinente. Hannah pourrait dire : « Tu as raison, je prends l'avion plus souvent que je ne le devrais. Et je n'ai aucune envie qu'on te dicte quelle voiture conduire. Mais ma proposition est beaucoup plus limitée que ça. » Reconnaître les points justes donne davantage de poids à votre désaccord.

Choisissez aussi vos batailles. Les conversations ordinaires sont pleines de raisonnements approximatifs. Gardez votre énergie pour les cas où un mauvais argument risque d'orienter une vraie décision.

Repérez-les aussi dans vos propres raisonnements

Le détecteur de sophismes le plus utile est celui qu'on dirige vers soi-même. Quelques habitudes peuvent aider :

  1. Résumez votre argument en une phrase : j'affirme ceci, parce que cela. Si le « parce que » parle de la personne, de ce que fait la majorité ou d'une seule anecdote, méfiez-vous.
  2. Demandez-vous ce qui vous ferait changer d'avis. Si votre réponse honnête est « rien », vous êtes peut-être en train de vous accorder une exception ou de déplacer les critères sans vous en apercevoir.
  3. Cherchez les contre-exemples. Quand vous repérez une tendance favorable à votre point de vue, cherchez délibérément les cas qui ne cadrent pas avec elle.
  4. Défendez la position adverse. Construisez le meilleur argument contre votre opinion avant de la défendre. Un exercice d'avocat du diable permet de repérer rapidement les preuves que vous avez sélectionnées à votre avantage.
  5. Méfiez-vous des émotions fortes. Plus vous avez envie qu'une chose soit vraie, plus il faut ralentir.

Voici une bonne question pour mettre votre raisonnement à l'épreuve, car elle suscite souvent une réaction instinctive :

Débattez-en sur Debatly“Les réseaux sociaux nous rendent-ils moins capables de raisonner, ou rendent-ils simplement nos mauvais raisonnements plus visibles ?”

Entraînez-vous à repérer les sophismes avec des IA qui débattent

Lire une liste de sophismes, c'est un peu comme lire un manuel de natation. Pour apprendre, il faut se jeter à l'eau, de préférence sur des sujets qui ne vous touchent pas trop personnellement. Les débats entre IA offrent ce terrain d'entraînement. Sur Debatly, plusieurs modèles et personnages d'IA défendent des positions différentes au fil de plusieurs échanges. Un juge évalue leurs arguments et rend un verdict motivé. Vous disposez ainsi d'autant de raisonnements à décortiquer que vous le souhaitez, sur le sujet de votre choix. Si le concept est nouveau pour vous, découvrez comment fonctionne une salle de débat entre IA.

Un exercice simple pour vous entraîner

  1. Choisissez un sujet qui divise. Alimentation, télétravail, règles scolaires, actualité : privilégiez un thème sur lequel on a vite fait de prendre des raccourcis. Lancez-le dans la salle de débat.
  2. Lisez chaque échange avec le tableau récapitulatif sous les yeux. Repérez les moments où un intervenant invoque la popularité, s'appuie sur une anecdote, impose un faux choix ou inverse la charge de la preuve. Notez le sophisme et la phrase concernée.
  3. Comparez avec le juge. Lisez le verdict de Judge Alex et voyez si les arguments qu'il juge solides sont les mêmes que les vôtres. Si vous n'êtes pas d'accord, cherchez pourquoi.
  4. Faites intervenir un sceptique. Soumettez l'argument qui vous a le plus convaincu à Viktor, le sceptique, dont le rôle est de mettre les preuves à l'épreuve. Demandez-lui de relever les raisonnements fragiles et les sophismes, puis comparez sa liste à la vôtre.
  5. Réécrivez un argument. Prenez le point le plus faible que vous avez repéré et reformulez-le sans le sophisme. Si l'argument s'effondre, c'est une information précieuse sur sa solidité initiale.

Grace a fait un exercice de ce type avant une réunion budgétaire. Elle a lancé le débat « Notre équipe devrait-elle passer d'une planification annuelle à une planification trimestrielle ? », puis a demandé à Viktor de critiquer le camp qu'elle soutenait. Il lui a montré que son argument préféré (« trois entreprises que j'admire le font ») reposait sur la popularité, et que sa preuve de réussite se limitait à un seul bon trimestre. Elle s'est présentée en réunion avec la même position, mais deux arguments plus solides.

Pour varier les exercices, un débat en mode Avocat du diable confie à Petra la tâche d'attaquer votre point de vue. Le mode Socratique (ou le tête-à-tête avec l'IA socratique) remplace votre adversaire par quelqu'un qui pose des questions, ce qui est idéal pour déceler vos raisonnements circulaires.

Gardez toutefois une limite à l'esprit : les IA qui débattent et les juges peuvent manquer des sophismes, en voir là où il n'y en a pas, ou en commettre eux-mêmes. Leurs remarques sont un deuxième avis à vérifier, pas un verdict définitif. C'est précisément en les vérifiant que vous progresserez.

Voir deux modèles d'IA débattre rappelle aussi qu'un texte fluide et assuré peut masquer un raisonnement bancal. Essayez avec un sujet susceptible de provoquer des prédictions catastrophistes dans les deux camps :

Débattez-en sur Debatly“Les contenus générés par l'IA devraient-ils toujours être signalés comme tels ?”

Commencez à les repérer dès cette semaine

Inutile de mémoriser les 25 sophismes. Commencez par six qui reviennent souvent dans les discussions quotidiennes : l'attaque ad hominem, l'homme de paille, le faux dilemme, la pente glissante, la généralisation hâtive et le post hoc. Cette semaine, essayez d'en repérer dans une réunion et dans un article d'actualité. Si vous en entendez un, répondez par une question plutôt que par une étiquette.

Entraînez-vous ensuite sur des débats sans enjeu personnel. Ouvrez un débat sur Debatly, lisez-le avec le tableau récapitulatif à portée de main et demandez à Viktor de vérifier votre analyse. L'essai est gratuit. Choisissez de préférence un sujet sur lequel vous avez déjà une opinion bien arrêtée : c'est souvent là que les sophismes se cachent le mieux.

Débattez-en sur Debatly

“25 sophismes courants, avec des exemples du quotidien”

FAQ

Dans les discussions quotidiennes, vous rencontrerez surtout l'attaque ad hominem, l'homme de paille, le faux dilemme, la pente glissante, la généralisation hâtive, l'argument d'autorité, l'appel à la popularité et le post hoc, qui consiste à supposer qu'un événement a causé le suivant simplement parce qu'il s'est produit avant lui.
Non. Un sophisme signifie que les raisons avancées ne justifient pas la conclusion, mais celle-ci peut être vraie pour d'autres raisons. Supposer qu'elle est forcément fausse, c'est commettre le sophisme du sophisme. Mieux vaut demander de meilleurs arguments que déclarer le contraire vrai.
Évitez le terme technique : décrivez simplement ce qui ne va pas ou posez une question qui le fait apparaître, comme « Ce sont les deux seules options ? ». Commencez par reconnaître les points valables de votre interlocuteur. On accepte plus facilement une objection quand on se sent écouté.
Non. Citer un consensus d'experts compétents dans le domaine concerné constitue un élément de preuve raisonnable. L'émotion a aussi sa place dans la persuasion lorsqu'elle accompagne de vrais arguments. Le sophisme apparaît quand l'autorité ou l'émotion remplace les raisons : on cite une personnalité qui n'est pas compétente sur le sujet, ou on suscite une émotion sans montrer que la solution proposée serait efficace.
Entraînez-vous sur des arguments auxquels vous n'êtes pas trop attaché, pour limiter l'effet de vos propres biais. Lisez des débats ou des tribunes avec cette liste à côté de vous, relevez chaque étape fragile, puis comparez vos notes avec une autre personne ou avec une IA sceptique.
#logical-fallacies #critical-thinking #argumentation #debate